La religion de la beauté

Dans son éditorial du numéro 190 de l'Unisson (juillet-août-septembre 2026), le pasteur Yvan Bourquin médite sur la beauté comme « ébauche de quête spirituelle », à la suite du penseur d'origine presbytérienne John Ruskin. Une invitation à apprendre à regarder, à s'émerveiller, à reconnaître dans le Christ « l'artiste suprême qui travaille de ses mains à faire plus belle la demeure des hommes ».
Aquarelle d'une rose sauvage par John Ruskin, étude botanique illustrant sa « religion de la beauté »

John Ruskin, Étude d’une rose sauvage, aquarelle, XIXe siècle.
Wikimedia Commons, domaine public.

Les êtres humains se laissent plus souvent guider par des visions que par des raisons. Cette affirmation est étayée par l’expérience quotidienne et nos paroisses retrouvent cette vérité en organisant des balades dites « écospirituelles » ou des visites de sanctuaires. Cela n’a rien à voir avec un phénomène de mode, mais cela traduit la volonté d’apprendre à regarder et à s’émerveiller. Il s’agit de prendre le temps d’observer et de se laisser impressionner, au sens photographique où la pellicule est impressionnée. Dès que la sensibilité est affectée, une empreinte psychique subsiste.

On bâtit des systèmes qui expliquent tout du monde sauf son charme ; on démêle tous les rapports que nous avons avec la nature prétendument inanimée, hors l’admiration et l’amour…

Nous voici au-delà des questions d’utilité ou de désir immédiat ; nous accédons à la joie des formes et des couleurs ; les plaisirs de la vue ne répondent à aucune nécessité de survie de l’existant. Cela commence certes par un plaisir, mais accompagné d’un sentiment de profonde reconnaissance pour ce qui est donné à voir ; c’est un plaisir, mais il est porté par une espèce de vénération pour son origine mystérieuse, et cependant pressentie. La faculté qui perçoit le Beau n’est donc pas la sensibilité brute, mais elle s’apparente à une ébauche de quête spirituelle.

C’est le penseur d’origine presbytérienne John Ruskin (1819-1900) qui nous a ouvert à ce type de réflexion : devant la beauté, seul l’homme tremble et s’émeut. « Ce qu’il peut y avoir en nous du bœuf ou du porc ne perçoit aucune beauté ni n’en crée aucune. Ce qui est humain en nous peut le créer et le rendre en exacte proportion avec la perfectibilité de son humanité. » Cette religion de la Beauté cherche à mettre au jour les lignes et les perspectives d’« une humanité mieux réussie que la nôtre », pour reprendre une expression du philosophe Hippolyte Taine, contemporain de Ruskin. Ce dernier ne compare-t-il pas le Christ à l’artiste suprême qui travaille de ses mains à faire plus belle la demeure des hommes ?

Yvan Bourquin, pasteur

Éditorial publié dans l’Unisson n° 190 (juillet-août-septembre 2026), bulletin du Secteur de Saint-Julien.

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